Speedcubing Documentary | Brain Sport | Rubik’s


Si vous manipulez un Rubik’s Cube,
il fait ce bruit. Tous les parents de cubeurs
le connaissent. Imaginez cela
multiplié par 600, dans un espace clos, et vous aurez une idée… de l’énergie d’une compétition
de Rubik’s Cube. On a l’impression
qu’un ouragan… est dans le bâtiment. On a tous tenté,
au moins une fois dans notre jeunesse, de résoudre le Rubik’s Cube, mais le phénomène sportif qu’il a engendré est moins connu du grand public. Mais sachez que le speedcubing… ne consiste pas
qu’à résoudre le cube. Il faut le terminer
en moins de 10 secondes. Depuis les années 1980,
des compétitions de speedcubing sont organisées en Europe et en Asie. Aujourd’hui,
le phénomène a grandi. À Paris, en 2017, ont eu lieu
les championnats du monde de speedcubing les plus important jamais organisés. Plus de 1100 participants
de 70 pays différents sont venus s’activer
durant 4 jours pour savoir qui sera le plus rapide. Pour un championnat de speedcubing
il vous faut : une centaine de personnes à l’orga, des tables,
des cubes, toutes sortes de cubes. Le plus connu de tous :
le classique 3×3, le 2×2, 4×4, 5×5, et plusieurs épreuves :
en solo, en équipe, à une main, à l’aveugle, avec les pieds… En tout, il existe plus de 18 disciplines dans ces JO du Rubik’s Cube. Et comme tout bon championnat,
il faut du public, de l’ambiance,
de la pression, du speed, et surtout des champions
des stars, qui signent des autographes, se font prendre en photo, et donne des interviews. Bonjour,
je suis Mats Valk. De véritables athlètes
qui s’entrainent depuis des années pour résoudre le cube
en moins de 6 secondes. Une résolution très rapide… peut sembler accélérée, alors que non. Le temps s’écoule vraiment
seconde par seconde. Pour les meilleurs mondiaux, c’est 15 à 20 mouvements
par seconde. La vitesse en fait un sport. À bien des égards, le speedcubing
est comme l’athlétisme, mais avec les mains, même si parfois
c’est avec les pieds. C’est un monde en soi, et le fait que les gens
le prennent au sérieux… signifie
qu’il doit être pris au sérieux. Pourtant,
tout part d’un simple jouet inventé dans les années 1970
par Erno Rubik. Il y a 3 semaines,
la juge Smith est allée dans son bureau avec la pièce à conviction A : un Rubik’s Cube. On ne l’a pas revue depuis. Rubik’s Cube : plus de 3 milliards de combinaisons, mais une seule solution. De chez Ideal. Derrière ce cube, un professeur de design hongrois. Lorsqu’il inventa
le Rubik’s cube, il n’était pas certain
que son invention soit résoluble. Il voulait créer
un objet tridimensionnel pour faire réfléchir ses étudiants. Ce passionné de casse-têtes finira par résoudre
sa propre invention après un mois de recherche
et de persévérance. Il n’avait pas réalisé
que c’était un casse-tête. Il a créé un objet impossible, et si vous enlevez les autocollants, vous avez un cube
que vous pouvez manipuler, mais ça reste un cube. Ce qui semble être un paradoxe. Depuis sa création, le cube multicolore est devenu
le jouet le plus vendu au monde avec 400 millions d’exemplaires un symbole de prouesse intellectuelle, un objet bien ancré
dans la pop culture et un puzzle très frustrant. Au moins 1 personne sur 5
s’est déjà cassée les dents dessus… Le cube est un système
très complexe. Il y a plus de permutations
dans un seul Rubik’s Cube que de cellules dans le corps humain.
Beaucoup plus. Pour être précis, le cube a 43,2 quintillions
de combinaisons possibles. Si on mettait bout à bout des cubes
avec chacun une combinaison différente, on obtiendrait une distance
de 261 années lumières. Donc résoudre ce casse-tête
par chance… tient de l’impossible. Le cube ne serait-il
qu’un casse-tête pour geeks, un objet mathématique pour surdoués ? Pourtant chaque année
son engouement grandit et le nombre de speedcubeurs
augmente dans le monde entier. La planète cube est aujourd’hui
une communauté open source où chacun échange ses astuces,
ses tricks pour s’améliorer. D prime, R, T et là : là tu peux dabber!
Dab ! Il y a quelques années,
pour apprendre à le faire, il fallait acheter un livre, et en photos c’est très compliqué, donc peu de monde se lançait. Avec l’essor de YouTube, on a accès à des tutoriels
qui permettent d’aller plus vite. Vous pouvez publiez
vos résultats, vous les mettez sur YouTube, mais c’est l’aspect communautaire
du speedcubing, qui pousse les gens à revenir, pour connaitre des gens,
élargir leur cercle… Le cube réunit les gens
comme peu d’objets le font. Avant de savoir résoudre
un Rubik’s cube, il faut savoir en prendre soin. Dans cette vidéo on va voir comment
nettoyer son cube, le lubrifier et le régler. Il y a des cubes spécifiques conçus pour offrir
plus de fluidité dans le mécanisme, et certains cubistes lubrifient leur cube
avec de l’huile de silicone. Mais sinon, comment ça tourne un cube ? On enlève les coins,
les pièces, on peut tout enlever, et on arrive à ce résultat… C’est juste l’intersection
de 6 liaisons pivot, 6 pivots simples. Le mécanisme
est moins compliqué que prévu. Et pour le résoudre,
c’est aussi simple ? La première étape
serait de construire une croix. On aurait 4 arêtes
à mettre sur la face blanche. Ensuite on va mémoriser des petites séquences de mouvements,
8 pour les plus longues, et 6 mouvements
pour les plus courtes, qui vont permettre de finir le cube
en quelques étapes. À écouter Victor
ça serait presque un jeu d’enfants… Mais le résoudre
en moins 10 secondes ça ne doit pas être
à la portée de tout le monde. Il y a 2 types de personnes : ceux qui disent « j’ai résolu le cube,
super, je passe à autre chose » et les autres,
qui deviennent speedcubers, qui résolvent le cube et pensent : « peut-être
que je peux le faire plus vite. » C’est un cycle sans fin. Si vous savez
que vous pouvez aller plus vite vous ne serez jamais satisfait. Là j’ai fait 10 secondes,
tout pile, de moyenne. Mon record personnel
à la maison est 7.83. En général c’est 4.44,
mais officiellement c’est 5.37. Comment chronométrer des temps
au centième de seconde ? Le compétiteur commence
par inspecter son cube pendant 15 secondes, un moment clé pour anticiper
ses premiers mouvements, puis il pose ses mains
sur un chronomètre tactile. Quand on met les deux mains
ça allume la lumière verte, quand on retire une main
le chronomètre part, et quand on remet la 2e main
ça arrête le chronomètre. À vos marques! Prêts! Partez! Le speedcubeur démarre et stoppe
ses propres temps sous le regard attentif d’un juge. Parfois, ça va tellement vite… que même le chrono bug. C’est ce qui fait du speedcubing
une activité sportive : c’est physique et mental. Vous faites une chose
vraiment très rapide comme jouer aux échecs
à la vitesse du ping pong, vous réagissez très rapidement, mais vous pensez aussi
de manière très logique. L’effet est le suivant : les résolutions les plus rapides
semblent très lentes pour le cubeur. Ceux qui ont vu Matrix, avec Keanu Reeves
qui évite les balles et pour les autres ce n’est
qu’une fraction de seconde — un des paradoxes du speedcubing : plus vous allez vite,
plus ça vous parait lent. Ça parait très lent car vous êtes tellement concentré qu’au moment de le faire,
ça vous parait tranquille. Vous pensez « je pourrais
bouger cette pièce ici, mais si je le fais, ce truc là
va se passer et c’est pas super,
donc je devrais plutôt faire ça. » Vous pouvez même vous tromper
au milieu d’une résolution, penser à ce que vous auriez dû faire, est-ce qu’il faut revenir en arrière, ou continuer
avec cette mauvaise décision? Vous pouvez encore réussir, car tout se passe tellement vite que pour une personne extérieure, vous semblez avoir une convulsion
au niveau des poignets mais pour vous, il y a
toute cette histoire dans votre tête. Les meilleurs mondiaux… atteignent
15 à 20 mouvements par seconde. Pour atteindre de telles performances, il faut travailler sa dextérité, l’agilité de la main,
les fameux « fingers tricks. » Avoir de bons « finger tricks » c’est faire le plus de mouvements
par seconde. Un des exercices les plus connus
pour les débutants, c’est de monter la colonne à droite, tourner vers la gauche
avec l’index de la main droite, puis inverser ces deux mouvements, donc descendre et tourner à droite. La main droite
tient le cube de cette façon, et on tourne la face du haut
avec les index. C’est le plus important. on va le faire le plus vite possible, et avec beaucoup d’entrainement, on ira très vite, on réussira à monter
vers 15 à 16 mouvements par seconde. Ça m’a pris 10 000 résolutions pour descendre sous les 20 secondes. Mats Valk,
l’un des meilleurs cubeurs au monde, a estimé avoir résolu le cube
environ 1 million de fois. Ça veut dire qu’il me reste encore
990 000 résolutions… 3, 2, 1, partez! Si tout le monde
peut atteindre les 15 secondes en s’entrainant énormément, pour le top 5 mondial, tous les speedcubeurs disent
qu’ils ont quelque chose en plus. Je suis Mats Valk, 21 ans,
je viens d’Amsterdam. Je fais du cube depuis 10 ans,
et en novembre (2016) j’ai battu le record du monde
avec 4,74 secondes. Je suis Feliks Zemdegs, 21 ans,
je viens de Melbourne, et j’ai battu son record
avec 4,73 secondes en décembre (2016.) Ces Messi et Ronaldo du cube
sont des stars dans leur discipline. Ils ont leurs propres fans,
leurs sponsors et ont participé ensemble à des centaines de compétitions
à travers le monde. Devenus amis, ils font partis
des meilleurs speedcubeurs de l’histoire. Chacun avec son propre style. Quel est le style de Mats… La plupart du temps,
il a des rotations nettes, il n’a pas d’accroc,
en général. Il tourne vite, des fois il fait des pauses,
mais… il est assez bon. Merci. Feliks est indifférent aux couleurs, il peut commencer
par n’importe quelle face du cube. Le cube est symétrique,
donc ça parait logique. Il semble avoir beaucoup d’accrocs, mais en fait, non. Il est juste très rapide. Il est polyvalent, il est bon
dans beaucoup de versions du cube. Et c’est un mec bien. Merci beaucoup. Quelle que soit votre place
dans le classement, tous les speedcubeurs
vous le diront : le plus difficile en compétition… c’est de réussir à garder son calme. J’ai regardé le timer,
ça m’a stressé. Mes mains ont tremblé, j’aurais pu faire
moins de 8.5 secondes mais j’ai paniqué. Certaines personnes… ont un rituel, une chose qu’ils font
avant chaque résolution, comme faire craquer leurs doigts, prendre une grande inspiration, ou manipuler un autre cube… Je fais un peu ça, mais je n’y pense pas. Je me contente
de m’installer, d’être prêt et calme, et de me contrôler. Le plus grand défi est la nervosité, car quand vous manipulez un cube, vous devez bouger de la manière
la plus fluide possible. Dans le pire des cas, les pièces s’accrochent
et le cube peut exploser. Les règles vous autorisent
à le réparer, mais ça le temps continue
de tourner, donc vous n’êtes pas
en bonne position. Beaucoup auraient abandonné
dans ce genre de situation. Alors seulement âgé de 15 ans, le jeune Felix Zemdegs
ne se décourage pas, et se remet en piste
sous les yeux hallucinés de son juge. Ce phénomène a maintenant 22 ans
et ne cesse de progresser. Mais dans cette discipline
où la majorité a moins de 20 ans, il fait presque déjà figure de sénior. La nouvelle génération
le suit de près, et chaque speedcubeur
rêve de son palmarès. Lors des derniers
championnats du monde, au cours de l’épreuve phare :
le 3×3, de nouveaux talents se sont révélés et ont bousculé la hiérarchie. À chaque tour
et pour chaque épreuve, les compétiteurs
procèdent à 5 résolutions. Mais le coup de chance
n’a pas sa place, le meilleur et le plus mauvais temps
ne sont pas pris en compte. La moyenne est calculée
sur les 3 temps restants. À seulement 15 ans,
Max Park créée la surprise… et devient champion du monde en 3×3, avec une moyenne
de 6.85 secondes, et un meilleur temps à 5.87. Feliks finira 4ème
et Mats 8ème au classement. Bravo Max!
Champion du monde! Qu’est-ce qu’il s’est passé?
C’était incroyable! Feliks et Mats se sont fait détrôner
par un champion atypique. Max avait 2 ans quand on a découvert
qu’il était autiste. Il était entre un niveau moyen
et élevé d’autisme. Il ne parlait pas beaucoup, ne créait aucun contact visuel, il ne communiquait pas avec les gens, même pas avec sa mère et moi,
ses parents. Jusqu’à ses 10 ans, il était presque impossible pour Max
d’ouvrir seul une bouteille d’eau. Alors qu’il était au fast food
avec sa famille, Max découvre le Rubik’s cube
dans un menu Happy Meal. Immédiatement,
il prit le jouet… et comprit son mécanisme. Cet objet ludique devint
un outil thérapeutique majeur, mais surtout… une opportunité de s’intégrer
à une communauté. 1, 2…
Ouais! Il a une autre vision du cubing. Les gens regardent le Rubik’s Cube et savent qu’il y a 34 milliards –
millions ou milliards – de solutions. Max voit les choses différement. Il voit un nombre limité
de possibilités. Il y en a tant,
pas une de plus. Pour lui, ça rend la chose
faisable. Il n’y a que ces options. Un champion hors norme
pour un sport hors norme. De l’objet pop des années 1970 à la pratique sportive, la discipline a évolué mais a encore besoin
de reconnaissance. Chaque semaine ou presque, un tournoi officiel… se déroule
quelque part dans le monde. Le speedcubing se professionnalise, avec des contrats,
des sponsors et des salaires. Peut-être que d’ici quelques années, on peut en entendre parler, comme le e-gaming
ou les échecs… Mexique! Le cubing s’est développé
ces dernières années. C’est très bien,
il y a plus d’argent en jeu, les gens ont des sponsors,
il y a de l’innovation… Les cubeurs ont leurs marques, ils ont les réseaux sociaux, ils passent à la télé,
dans les publicités… Il peut devenir
cubeur professionnel. Il est toujours lycéen.
Il a 15 ans, donc il doit aller à l’école
et étudier, mais le cube
nous a donné un futur.

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